N'oublions pas le volet « Air » du PCAET

Un seul moyen pour se protéger des nanopesticides non évalués que nous respirons : incitons les agriculteurs de notre communauté de communes à passer en bio.

Dans les Yvelines, on retrouve en moyenne 20 pesticides dans le corps des habitants contaminés par inhalation (les SDHI au plus forts taux). Ces pesticides proviennent des produits utilisés en pulvérisation ou en traitement de sols, mais aussi d’une autre forme d’application : les « enrobages » de semences qui contaminent l’air par frottements lors des semis (ces poussières d’enrobage sont aussi remobilisées par le vent lors de leur dégradation dans le sol après germination).

Il faut savoir, et c’est très important, que ces pesticides ont été rendus plus dangereux pour la santé depuis les années 80, par l’apport de nanoparticules dans leur formulation. Ces nanoparticules peuvent juste être considérées comme des co-formulants, alors que ce sont de véritables principes actifs. Les nanoparticules sont extrêmement fines (de la taille d’un virus), ce qui fait leur dangerosité. Elle permettent au principe actif principal – déclaré – du pesticide, de forcer la barrière coriace des plantes ou des indésirables et de pénétrer au coeur de leurs cellules pour par exemple les asphyxier (fonctionnement des SDHI).

Le premier problème, c’est que ces pesticides agissent pareillement en cas d’inhalation par des humains ou des animaux non-cibles.

Quand des nanoparticules sont étudiées sous tous leurs aspects, pour être utilisées par ex. en médecine afin de vectoriser un médicament dans un organe précis, que leur innocuité est validée, il y a peu de danger. Mais leurs effets sur la santé et l’environnement dans les nanopesticides ne sont pas étudiés par notre agence sanitaire (voir plus bas, Les nanopesticides et l’ANSES). Les utiliser sans garde-fou dans des produits créés pour tuer du vivant est d’une imprudence inouïe.

Pourtant, les dégâts que peuvent causer des nanoparticules dans nos organismes ont été démontrés, par autopsie depuis 2015*: les nanoparticules sont si fines qu’elles pénètrent directement dans le sang par les alvéoles pulmonaires. Les mécanismes de clairance (le temps que met notre corps pour se débarrasser des substances étrangères) qui sont déjà de 2 ans pour des micro-particules, sont encore moins efficaces sur les nanoparticules, que l’on peut conserver… à vie.

Le deuxième problème, c’est que l’ANSES, l’agence sanitaire qui délivre les AMM des pesticides en France, a jusqu’alors négligé de demander aux requérants d’autorisations si leurs produits comportent des nanoparticules. Cette information est pourtant cruciale dans ce cas, dans la mesure où le règlement européen sur les produits chimiques REACH désigne l’inhalation comme la voie royale d’exposition aux nanoparticules.

Le formulaire Cerfa de l’ANSES est totalement taisant sur le sujet. Alors que le rôle de l’autorité délivrant les AMM (précisé par la cour de justice de l’union européenne CJUE), c’est de demander, voire exiger, TOUTES les informations pour évaluer une substance.

Nous avons donc affaire à des produits extrêmement dangereux et dont le potentiel de pénétration et d’action dans nos corps n’est pas évalué (ou bien il a été évalué par le fabricant mais le résultat n’a pas été donné à l’autorité).

Le troisième problème, c’est que le 9 février 2016, les français sont devenus légalement les cobayes de l’agrochimie. Au nom de la “recherche et développement”, des firmes, françaises ou étrangères, peuvent tester, sur simple “déclaration” et dans n’importe quel champ de l’hexagone et donc des Yvelines, des pesticides expérimentaux, sans même en informer les communes concernées (arrêté du 9 février 2016, aujourd’hui article R.253-32 du Code Rural).

Rappelons qu’au niveau international, chaque année, plusieurs centaines de brevets déposés concernent les nanoparticules dans les pesticides.

Corollaire de tout ce qui précède : le seul moyen, le seul atout, qu’ont les habitants des Yvelines pour se protéger rapidement de ces produits non évalués qui les empoisonnent à bas bruit par voie aérienne (1000 nouveaux cas de cancers par jour en France), c’est l’Agriculture Biologique.
Grâce à l’AB, nous n’aurons pas attendre les longues recherches au cas par cas de l’Anses, les procédures de réévaluation des produits, les délais avant retrait…
En effet, le règlement AB, modifié en 2018, est entré en vigueur au 1er janvier 2021 et il garantit à présent des produits sans nanoparticules. Donc, sans résidus de produits de traitement contenant des nanoparticules.

Les nanopesticides et l’ANSES

Le registre R-Nano est un registre français, géré par l’ANSES, dans lequel on doit déclarer la fabrication, l’importation ou la distribution de produits contenant des substances à l’état nanoparticulaire.

C’est en principe obligatoire, mais aucune sanction n’est prévue pour les contrevenants, qui tablent sur le fait que l’extrême finesse des nanoparticules exige des appareils de métrologie très couteux et très rares, pour mettre en évidence leur présence dans un produit.

En 2018, en compulsant la partie de R-Nano accessible au public, on constatait que plus de la moitié des déclarations d’utilisation de nanoparticules en France concernaient l’Agriculture.

Cependant, le registre R-Nano ne permet pas au public (ni à l’ANSES) de savoir dans quels pesticides exactement se trouvent ces nanoparticules. De plus, dans la déclaration, le nom de la substance à l’état nanoparticulaire et son usage peuvent être occultés sous prétexte de secret industriel et commercial.

Et le formulaire Cerfa d’obtention d’AMM pour les pesticides à l’ANSES, ne demande pas si ces pesticides contiennent des substances à l’état nanoparticulaire.

Mais cette omerta a été levée : le 1er octobre 2019, tombe un arrêt de la CJUE (la Cour de Justice de l’Union Européenne) saisie par un tribunal français sur la question des pesticides. Cet arrêt précise que l’autorité nationale (chargée d’autoriser les pesticides dans leur formulation complète) doit demander TOUTES les informations disponibles concernant le produit pour lequel l’autorisation est demandée (co-formulants, substances actives secondaires, nanoparticules, interactions entre tous les composants du produit, études sur les effets sanitaires sur la santé humaine et l’environnement, études sur de potentiels effets perturbateurs endocriniens différents chez les femmes, les enfants et les hommes…) et ne pas se contenter du fait que l’Europe a autorisé la “substance principale”.

En 2020, l’ANSES n’a toujours pas corrigé son Cerfa ; mais comme cet arrêt est une épée de Damocles (les responsables qui n’ont pas demandé toutes les informations utiles pour autoriser des produits potentiellement aussi dangereux sont passibles de poursuites pénales en tombant sous le coup de l’infraction de mise en danger de la vie d’autrui), l’agence s’inquiète, et envoie 1000 courriers en recommandé aux titulaires d’AMM pour savoir quels pesticides déjà utilisés en France contiennent des nanos et pour quels usages.

Fin 2020, dans son rapport d’évaluation du registre R-Nano, l’Anses explique qu’elle n’a reçu que 25 % de réponses, dont beaucoup évasives ou erronées, la plupart mentionnant “juste” du nano-argile (comme s’il était sans danger, alors qu’aucune étude ne dit que ce matériau une fois broyé en poussières nanoparticulaires et imprégné de pesticides ne forme pas une pâte délétère au contact de l’humidité des poumons).

Devant cette mauvaise volonté suspecte, l’agence a réagi, s’est auto-saisie et a commencé à rechercher elle-même les nanoparticules dans certains pesticides.

Mais ces recherches “a posteriori” sont longues, coûteuses et demanderont des années…

En mars 2021, la DG Environnement de la Commission Européenne se penche elle aussi sur la question en relayant une étude parue dans le “Journal of Hazardous Materials”. Elle révèle que la quasi totalité des études sur les nanopesticides (+ de 1000) portent sur les bénéfices pour l’agriculture mais que la spécificité nano y est très rarement étudiée au niveau santé et environnement (moins de 50 études). Elle conclut (sera-t-elle entendue ?) que les évaluations “doivent tenir compte des caractéristiques spécifiques à l’échelle nanométrique qui peuvent présenter de nouveaux risques”.

Extrait de cette étude “Aspects écotoxicologiques et réglementaires de la sureté environnementale des nanopesticides” qui bat en brèche les propos lénifiants sur l’agriculture conventionnelle sans dangers. Les auteurs évoquent clairement l’inhalation et ce qui devrait être systématiquement demandé pour autoriser un nanopesticide (p.6):

"Les tests de toxicité des nanopesticides demandent à être effectués en considération de la voie ou des voies d’exposition probables (…) …une exposition par voie cutanée et par inhalation est possible pour les travailleurs, les passants, les résidents, le voisinage, les animaux de ferme, pendant la manutention manuelle, le mélange, le chargement, l’application ou la pulvérisation d’un nanopesticide.
Le règlement (UE) n° 284 de 2013 requiert cette estimation des expositions aiguës et chroniques des opérateurs, des travailleurs, des résidents et des passants, en tenant compte de chaque type d’application… »

Rien de tout cela n’est fait.

Les habitants des Yvelines sont excédés par des actions de communication qui visent simplement à les rassurer sur l’agriculture conventionnelle et à consommer “local”. Ils ne veulent pas de la double peine consistant à respirer les nanopesticides utilisés lors de la production des denrées, et à retrouver ces denrées dans les cantines de leurs enfants. Au vu des graves manquements d’évaluation énoncés ci-dessus, ils souhaitent que tout soit fait pour garantir aujourd’hui leur santé et que ce PCAET s’engage (dates et chiffres à l’appui) sur un accompagnement rapide des agriculteurs du territoire à passer en bio.

  • : Mickaël Rinaldo : Thèse "Particules ultra-fines et santé / caractérisation des particules ultrafines dans l’air et dans les tissus humains " 2015

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